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Catégorie : Présentations

Notes et réflexions sur la vie de saint Thibaud

      mise à jour du 14 janvier 2012, en hommage à Antonio Mistrorigo, prêtre à Sossano (Italie)

       Approche, à bâtons rompus, par le document et le témoignage, du personnage de saint Thibaud de Provins, jeune noble du XIe siècle, qui se lança à corps perdu avec son socius Gauthier à la recherche du Christ par l'aventure de la route et la voie érémitique.

Table des matières

Les sources écrites

Vita sancti tetbaldi    Le Montaigu de Saint Thiebaud    Acta sanctorum    Vie de Saint Thibaut de Mgr Allou    Vita di San theobaldo d'A. Mistrorigo

Quelques sites théobaldiens

Gorze    Bermont    Badia Polesine    Saint-Thibault-des-Vignes    Marcourt    Suxy    Pettingen    Saint-Jacques de Galice    Sossano    Saint-Thibault-en Auxois

Communes Théobaldiennes de France et d'Europe

Reliques

Inscriptions-Iconographie

Notes

Âge de saint Thibaud    Orthographe du nom   

 

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LES SOURCES ECRITES

1 – La VITA SANCTI TETBALDI (ou Vie de saint Thibaud) écrite en latin sur parchemin entre 1066 et 1073 par Pierre de Vangadice, compagnon de Thibaud de Provins et moine bénédictin camaldule, pour accompagner la demande de canonisation de l'ermite Thibaud de Sajanega au pape régnant Alexandre II. Cette demande était appuyée par les Cardinaux Pierre Damien et Mainard de Silva Candide, membres de la Curie Romaine, acteurs véloces de la réforme grégorienne, et par le peuple de Vicence. La première date est celle de la mort de Thibaud à son ermitage de Sayenega et la seconde celle de sa canonisation, proclamée à Rome, sept ans après sa mort, par Alexandre II : le bref de canonisation a été retrouvé et retransmis (cf. notre site theobaldus.org). Par contre la VITA SANCTI TETBALDI, l'originale de Pierre de Vangadice, qu'il a écrite au XIe siècle, a été recopiée sur parchemin dans les scriptoria d' abbayes contemporaines, telle par exemple la VITA SANCTI TETBALDI de l'abbaye normande Notre-Dame du Bois de Saint-Evroult-en-Ouche (XIe siècle) considérée par Mabillon comme le texte authentique de Pierre de Vangadice, remarquablement conservé dans le manuscrit 10 d'Alençon (fol.110r - 125v) ou, numérisé, à l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes de Paris, organe du CNRS (traduction française intégrale sur notre site theobaldus.org parfrère Alban de l'abbaye Sainte Marie de La Pierre-qui-Vire). Ces copies de la Vita latine de Pierre de Vangadice, démultipliées, ont généré au XIIIe siècle des Vitas en langues vulgaires (dites romanes) sur le saint, très prisées du public ou de riches particuliers, comme par exemple celle (française) du manuscrit 17229, folios 230d-233b, de la Bibliothèque nationale de France, présentée et éditée (2007) par M. Nicolaon (Canada), ou la Vita du moine bourguignon Guillaume d'Oyé écrite en 1267 en mille cinquante huit vers alexandrins, reproduisant intégralement le manuscrit d'Alençon et consultable à la BnF dans le manuscrit 24870, fol. 68-88, présentée et éditée (1936) par M.Hill (Etats-Unis). Les Italiens, par l'intermédiaire de Roberto Ravazzolo, viennent de traduire (2004) une autre de ces copies de la Vita originale latine de Pierre de Vangadice, celle découverte et divulguée par Surius, en 1581, laquelle, de source différente de celle d'Alençon puisque provenant du scriptorium de l'Abbaye Saint-Hubert des Ardennes (Belgique), mais similaire quant au texte (De Probatis sanctorum historiis T3 pp. 986-990, BnF Paris). Il faut signaler enfin la conservation à la Bibliothèque Mazarine de Paris d'une troisième copie de la Vita latine originale de Pierre de Vangadice, celle-ci exécutée fin XIe siècle par les moines du prieuré clunisien Saint Martin des Champs de Paris (ms 1710, Bibl. Mazarine), considérée par les spécialistes comme antécédente aux deux précitées. Les Camaldules en possèdent une quatrième dans leurs Annales. Il est possible que la recherche découvre d'autres originaux de la Vita de Pierre, abbé de ND de la Vangadice (Italie).


2- « LE MONTAIGU DE SAINT THIEBAUD », du chercheur belge Jamotte, publié en 1669. Cet ouvrage est une première, en réécriture moderne, de la Vie de saint Thibaud. Il présente un témoignage personnel et un ensemble de recherches sérieuses sur le culte, la vie et les miracles du saint du Mont Aigu, Thibaut, pèlerin - ermite – moine - prêtre, honoré sur le mont depuis des lustres dans la chapelle castrale d'une forteresse médiévale, aujourd'hui disparue, dont quelques vestiges mis à jour jaillissent de ci de là. La chapelle est rebâtie sur le Mont Aigu (Ardennes belges), dédiée à nouveau à saint Thibaud par le même Jamotte, prêtre de la paroisse, à laquelle il adjoint des reliques, un ermitage et une source guérisseuse. Le lieu devient un centre actif de culte à saint Thibaut et l'est toujours aujourd'hui. Le livre de Jamotte (1669) apprécié et cité par les chercheurs, comme la Vita de Surius (1581) qui vient d'être divulguée par les Chartreux, lancent la recherche sur le thaumaturge Thibaud qui va être poursuivie par les bénédictins (Mabillon, 1685) et les jésuites (Bollandistes, 1709)) et publiée dans leurs encyclopédies respectives : nous sommes à l'époque de la Contre-Réforme, celle de la proclamation de la sainteté par le concile de Trente (XVIe s.).


3 - Les « ACTA SANCTORUM » (Actes des saints) des Bollandistes, éd. 1709, Juin, pp 588 – 606. S'appuyant sur Jamotte, des sources nouvelles et surtout sur la VITA THEOBALDUS de Surius récemment découverte (1581) ils l'éditent intégralement et composent, en latin du XVIIIe siècle, une information très précise sur Saint Thibaut de Provins sous le titre « DE S. THEOBALDO PRESB. EREMITA » de 18 pages, au 30 juin, dans leur encyclopédie sur les saints. Mabillon, dans ses ''ACTA SANCTORUM OSB '' (Actes des saints de l'Ordre de Saint Benoît), pages 156 – 182, VI, II, publie en 1685, au 1er juillet, la VITA SANCTI TETBALDI de Saint-Evroult-en-Ouche, retrouvée, la met en parallèle avec celle de Surius, tout en y intercalant, sur 26 pages, un ensemble de textes tirés du MANUSCRIT MENARD (XIVe), entièrement dédié à saint Thibault, et des informations issues d'abbayes contemporaines, par exemple celle de Saint-Evroult-en-Ouche (Normandie), découvre des documents « très anciens » (Allou, note 18) sur la translation des restes de saint Thibaud à Vangadice (1074) et en France (1075), les traduit et les publie en version latine. La recherche essaie de retrouver ces textes originaux dont certains sont rédigés en versification romane. Vous pouvez consulter sur theobaldus.org la traduction intégrale de la recherche Mabillon.


4 - La VIE DE SAINT THIBAUT, prêtre et ermite, patron de la ville de Provins, de Monseigneur ALLOU, parue en 1873. Cet ouvrage, une réécriture personnelle de la Vie de saint Thibaut, d'une rigueur scientifique remarquable, a été composé après enquête rigoureuse sur les sites théobaldiens, s'inspirant en ce sens de Jamotte, Surius, Mabillon et Bolland. Cet évêque de Meaux, natif de Provins, s'est enthousiasmé pour le personnage de saint Thibaut, son lointain compatriote, bien connu à Provins de par ailleurs. Toutes ses informations, fort pertinentes, sont tellement bien étayées (étudier particulièrement la partie renvois) qu'il n'y a rien à redire et que nos recherches actuelles sur le sujet ne peuvent que confirmer ses dires ou ses intuitions, tout en nous permettant d'aller un peu plus au-delà de ses affirmations. Cet ouvrage, très bon outil de travail, peut se trouver dans une bibliothèque épiscopale car il a été édité à raison d'un seul exemplaire par diocèse. Vous le trouverez, numérisé, sur Theobaldus.org


5 - La VITA DI SAN TEOBALDO d'Antonio MISTRORIGO publiée en 1950. Ce texte italien, s'inspire de ses prédécesseurs chercheurs (français, belges, italiens et allemands), les citant à propos tout en apportant sa touche propre sur des événements qui se sont déroulés en Italie jusqu'à nos jours (dont certains ont été vécus par l'auteur), ce qui fait tout l'attrait de ce livre d'où émane le parfum d'apologie propre aux italiens. Il faut dire que l'auteur était prêtre de la paroisse de Sossano, laquelle détient Sayanega, l'ermitage de saint Thibaud, dans un environnement enchanteur, devenu par la suite évêque de Trévise, et décédé le jour où a été effectuée, en hommage, la remise à jour du présent texte ( 26 mars 1912- 14 janvier 2012)), évêque émérite écrivain (une douzaine d'ouvrages), centenaire à deux mois prés, l'évêque italien le plus âgé de tous les temps. Jeune prêtre, il a fait beaucoup pour développer le site et le culte de saint Thibaud à Sossano, allant jusqu'à inviter, en 1950, Mgr Charles Agostini, le Patriarche de Venise, à venir relancer le culte de saint Teobaldo (saint Thibaud). L'église paroissiale de Sossano est un bijou d'église dans laquelle a été installé par Mistrorigo un autel à saint Thibaud avec les reliques authentiques de celui-ci (os du bras gauche) offertes par Badia Polesine à l'occasion des fêtes de 1950. Vous pourrez trouver sur le site internet nd-bermont.fr ou sur notre site theobaldus.org la traduction française de la brochure d'Antonio Mistrorigo, désormais devenue célèbre. A laquelle vous pourrez ajouter l'ouvrage pénétrant du franciscain badiese Alberto GHINATO, qu'il écrit en 1966, pour célébrer à son tour, en hymne chaleureux, à l'occasion du 9e centenaire « de son émigration vers le Seigneur » (1066-1966), le saint patron du Polesine qui a bercé toute son existence, comme celle de beaucoup de badiesi (cf. theobaldus.org).


NB - Les VITA médiévales de saint Thibaud vulgarisées et écrites sur parchemins, découvertes par la recherche ou offertes par des particuliers, encore bien conservées malgré l'injure du temps, sont au nombre d'une petite vingtaine en langue latine et d'une grosse quinzaine en langues vernaculaires, selon le recensement actuel, celles-ci diffusant aux XIIe-XIIIe-XIVe siècles, sous forme réduite, (sauf les éditions versifiées), la Vita originale de Pierre de Vangadice. Elles ont servi, à leur tour, de sources aux nombreuses réécritures modernes, telles par exemple celles de Jamotte, Allou, Mistrorigo et Ghinato, citées ci-dessus. Elles sont conservées actuellement dans les bibliothèques spécialisées et sont certainement plus nombreuses que ne l'indique le recensement officiel compte tenu qu'il en existe vraisemblablement d'autres dans des bibliothèques privées. Pour une information plus poussée sur la question vous pouvez vous référer à l'excellent ouvrage qui vient de sortir aux éditions Brépols (Belgique), écrit par Manuel Nicolaon, destiné aux étudiants en langues romanes (ou aux amateurs de l'époque médiévale) dont le titre est « VIE DE SAINT THIBAUT DE PROVINS » lequel vous fera entrer dans le détail de ces VITA comme dans le mystère de la prose et de la poésie en langue populaire qui émane de ces vieux textes théobaldiens et, peut-être, vous donnera un avant-goût de ce qu'on appelle la chanson de geste, ici une déclamation publique (parfois jouée ou chantée) de la Geste du « chivalier de la chivalerie Jhesu, sen Tibauz » (Guillaume d'Oyé, laisse XXXIV, Vita Beati Theobaldi, XIIIe siècle).


QUELQUES SITES THEOBALDIENS

1 - GORZE est une petite ville située à l'ouest de Metz dans le site de l'ancienne abbaye de même nom. Sur son territoire, près des sources de la Gorze, s'élève le prieuré Saint-Thiébault et Notre-Dame. Depuis 1975, une communauté orthodoxe française restaure cet ancien ermitage dédié à saint Thibaud de Provins en 1492 par l'abbaye de Gorze et la duchesse de Lorraine Philippa de Gueldre. Cette communauté a transformé le site en lieu d'accueil, de prière et de vie tout en y réintroduisant le culte de saint Thibaud de Provins qu'ils présentent dans une vision byzantine de l'Eglise et de la Révélation (contemplation et louange), ce qui semble avoir été la sensibilité du saint, préparé en cela par les lectures que lui faisait sa mère sur la Geste des moines de la Thébaïde, un classique de l'époque, ce qui a pu influencer sa décision de partir sur les routes, au même titre que la fascination exercée par les contemplatifs, Martin le saint éponyme familial et Romuald l'ermite vagabond contemporain, dont l'aura a décidé Thibaud à se fixer à Sayanega. Ayant respecté l'ancienne statue en pierre de saint Thibaud de Provins représenté en damoiseau sur la façade du prieuré, la communauté a peint dans la chapelle restaurée du prieuré des portraits du jeune ermite, le représentant en contemplatif, à l'instar de Pierre de Vangadice qui le souligne formellement dans sa VITA (cf theobaldus.org, ms d'Alençon, trad. fr. Alban, paragr. 9, lignes 7 - 8).


2 - BERMONT est un ermitage avec sa chapelle dédiée à Notre-Dame et à saint Thibaud de Provins, situé à trois kilomètres au nord de Domremy-la-Pucelle, où allait souvent se ressourcer l'adolescente Jeanne d'Arc. Inscrit à l'Inventaire des Monuments Historiques depuis 1998, à la suite de la découverte, lors de sa restauration par l'Association responsable du site, de peintures murales représentant la Pucelle. L'histoire de la chapelle se perd dans la nuit des temps. La tradition orale assure que le jeune Thibaud passa par là, ce qui ne paraît pas invraisemblable, et y fit jaillir la source qui aujourd'hui porte son nom. Une statue du XIVe siècle représente le saint en jeune seigneur tenant l'autour du damoiseau. Une peinture murale, datée fin XVIe siècle, découverte lors de la restauration, le représente en évêque : il pourrait s'agir d'une volonté d'illustration de la parenté de st Thibaud avec l'oncle de sa grand-mère maternelle, l'archevêque saint Thibaud de Vienne, comme le clament à l'envi les textes romans du Moyen Age et la VITA de Pierre de Vangadice (cf. theobaldus.org, ms d'Alençon, trad. fr. Alban, paragr. 2, lignes 5-18 et Mabillon, Vie de Saint Thibault, paragr. 3, lignes 11-12).

La chapelle de Bermont possède une relique authentique de saint Thibaud offerte par le diocèse de Meaux en l'an 2000 prélevée sur la « réserve » des reliques de Saint-Thibault-des-Vignes, celles qu'Arnoul, frère du saint et abbé de Lagny, avait ramenées d' Italie en 1075.


3 – BADIA POLESINE, ville italienne qui s'est développée autour de l'abbaye de Vangadice. Sise sur les bords de l'Adige elle compte de nos jours une population de onze mille habitants. Petit village attaché à l'abbaye, elle vit arriver, en 1074, le corps saint de Thibaud, le saint de Sajanega, canonisé l'année précédente, porté en triomphe par les ermites et honoré tout de suite dans l'église abbatiale (cf. theobaldus.org, Mabillon, transl. de saint Thibault confesseur, paragr. 1-19 ou ms d'Alençon, la translation). Cet hommage dura toute l'année jusqu'à l'apothéose de l'arrivée d'Arnoul, frère de Thibaud, venant de l'abbaye Saint-Pierre de Lagny, en France, avec son escorte , et qui en repartit avec des reliques de son frère. Le corps saint resta dans l'abbaye de Vangadice pendant plus de sept siècles avant son transfert, en 1810, dans l'église paroissiale de la ville, l'église Saint Jean-Baptiste, en raison de la fermeture de l'abbaye par Napoléon. Les restes, presque intacts il faut le dire (20 éléments importants de la charpente osseuse) sont vénérés aujourd'hui dans cette église, dans un reliquaire en marbre blanc de Carrare. Saint Thibaud (Teobaldo) est le saint Patron de la ville de Badia Polesine. Celle-ci restaure les ruines de l'abbaye de la Vangadice et s'est jumelée en 2006 avec la ville française de Saint-Thibault-des-Vignes, née vers 1081 de sa voisine attenante Lagny-sur-Marne. Badia Polesine entretient des relations étroites avec la ville de Sossano, la commune qui gère l'ermitage de saint Thibaud, situé à une trentaine de kilomètres des rives de l'Adige.


4 - SAINT-THIBAULT-DES-VIGNES. Lorsqu'Arnoul revint d'Italie, en 1075 (cf. récit de la chevauchée Lagny-Badia-Lagny, Theobaldus.org, Mabillon, transl. de S. Thibault depuis l'Italie et création de Saint Thibault des Vignes, paragr. 1-19) avec les quelques restes de son frère que Badia avait bien voulu consentir à lui céder, il décida de les installer sur la montagne avoisinante de son abbaye, à Lagny, suite à une intervention du saint lui-même. Près d'une source miraculeuse de la forêt, il décida de construire une église comme reliquaire des restes de son frère (os du bras droit et cilice) et un prieuré (1081) pour s'occuper du sanctuaire. Telle fut la naissance de Saint-Thibault-des-Vignes, laquelle compte aujourd'hui 6500 habitants. Dès le début les moines défricheurs plantèrent des vignes autour du petit centre de pèlerinage qui se créa autour des reliques et on vécut ainsi tranquillement pendant des siècles à l'ombre du sanctuaire théobaldien, de ses vignes et de sa source miraculeuse. Brusquement, fin XXe, on explose en ville moderne. L'église d'Arnoul, qui a réussi à traverser presque intacte les siècles, est aujourd'hui classée au rang du patrimoine, ses reliques millénaires sont bien présentes, comme son prieuré devenu demeure bourgeoise. Mais les vignes de la ville, par contre, ont filé à l'anglaise ...


5 - MARCOURT. Ce charmant village belge de Wallonie situé sur les rives de l'Ourthe a une riche histoire remontant jusqu'aux Vikings qui avaient investi le mont Aigu, la montagne voisine, aux environs de l'an mil, devenu aujourd'hui remarquable belvédère sur la région, où l'on aime monter non seulement pour le point de vue mais aussi pour la petite chapelle st Thibaut qui s'y trouve accrochée depuis des temps immémoriaux et qui y suscite l'attention depuis que l'un de ses prêtres, l'abbé Jamotte, a refait la chapelle (1639) existant là dans le château seigneurial des Montaigu presque du vivant de st Thibaut, c'est-à-dire à quelques encablures de l'an mil... On pense à des influences liées aux Croisades (Sajanega, l'ermitage italien de Thibaut, est situé sur la route de Jérusalem). Le site fonctionne aujourd'hui à plein temps pour les touristes comme pour ceux qui veulent marquer un baptême, un mariage ou toute autre chose par une célébration dans cette chapelle haute dédiée à saint Thibaut pèlerin (classée en 1973), laquelle possède en contrebas une source qui a fait courir, autrefois, tous les gens de la vallée et d'ailleurs. Une association très dynamique gère le site et se fera un plaisir de vous y accueillir à l'époque touristique (cf. article Marcourt Belgique Wikipédia Internet).


6 – SUXY, autre petite ville wallonne située en pleine forêt de Chiny sur les rives de la Vierre. C'est là que Thibaud et Gauthier fixèrent, d'après la tradition orale, leur premier séjour sur la route de Trêves (1054) après la fugue volontaire de Reims. Au milieu des producteurs de charbon de bois, à l'époque, ils cherchèrent à gagner là un peu d'argent pour subvenir à leurs besoins, tel le pain qu'ils devaient aller chercher au château de Chiny, situé à quelques kilomètres, ainsi que le pain eucharistique au monastère attenant à ce château. La ville actuelle de Suxy se considère comme avoir été fondée par le passage de saint Thibaud car après sa canonisation le seigneur de Chiny fit construire au lieu dit Suxy, tout près de la source et du ruisseau utilisés par le jeune pèlerin et son compagnon, une chapelle en l'honneur de saint Thibaud, laquelle s'est transformée avec le temps en l'église actuelle de l'agglomération qui se forma peu à peu avec le passage de pèlerins et l'installation d'un prieuré important de l'Ordre des Croisiers dont la fonction était justement de gérer le passage de ceux-ci et qui fonctionna jusqu'à la Révolution française. Cette ville verte, forte de ses quelques quatre cents habitants, vous accueillera sur la petite place verte de ce qui fut le premier ermitage de l'adolescent Thibaud et de son socius Gauthier, en Forêt d'Ardenne, sous l'égide des Teutons.


7- PETTINGEN. Allez maintenant vers l'Est, en plein centre du Luxembourg, sur les rives de l'Alzette, tout près de Mersch. C'est là, sur le panoramique de l'Eenelter, à l'ombre d'un dolmen plus que millénaire, que Thibaud et Gauthier établirent un nouvel ermitage (1055), sur la route de Trêves. Là, en lisière de forêt, un château en contrebas, celui des Pettingen, sur les bords de l'Alzette. Des pentes avec des villages et des exploitations agricoles et la montagne toute proche. Du point de vue où ils s'établissent (le dolmen), ils descendent à travers les exploitations jusqu'au château où ils offrent leurs services, s'approvisionnent, vont chercher le pain eucharistique à la chapelle castrale, se louent dans les fermes car ils doivent survivre selon leurs propres moyens, comme ils l'ont décidé, puisqu'ils ont choisi la pauvreté volontaire (cf. ms d'Alençon, theobaldus.org, paragr. 6, lign.12-13)) La vie est dure, surtout pour l'adolescent Thibaud peu habitué à ce genre de malmenage (cf. l'épisode de la vigne, Theobaldus.org, Mabillon,Vie de saint Thibault, paragr. 5, lign.1-23). Actuellement, sur le panoramique de l'Eenelter, aujourd'hui proche banlieue de Mersch, se dresse, près du dolmen, à l'endroit présumé de l'ermitage, la chapelle Saint Thibaud et Saint Donat restaurée au 19e siècle et à Pettingen, petite ville attenante à Mersch, existent toujours aujourd'hui les vestiges du château fréquenté par les deux marcheurs et sa chapelle castrale transformée aujourd'hui en église paroissiale dans laquelle sont honorés ensemble Thibaud (Theobald) et Gauthier (Walter) depuis la canonisation de 1073 (tradition écrite).


8 – SAINT-JACQUES DE GALICE. Il semble certain que Thibaud changea brusquement d'idée à Pettingen et prit la décision d'aller à Compostelle : le jeune homme avait sans doute besoin de faire une coupure psychologique, l'aventure lui sembla la bonne solution. Il n'a pas été loquace sur cette étape de sa vie puisque Pierre de Vangadice n'en a écrit que quelques lignes. S'il est certain qu'il y alla, on en connaît ni le trajet aller qu'il emprunta, ni le trajet retour. Les textes romans et quelques manuscrits (Mainard XIVe) nous suggèrent que sur le retour, accompagné d'un troisième compagnon, il serait passé par l'Auvergne, là où ils placent le miracle du pain, denrée fort rare à l'époque dans cette région privée de population (cf. theobaldus.org, Mabillon, Vie de saint Thibault, épisode du pain, paragr. 6, lign. 1-25). Ce qui est sûr c'est que nous le retrouvons à TREVES (Allemagne), son idée fixe, mais avec l'idée nouvelle d'apprendre le latin et de se procurer un psautier pour pouvoir comprendre et prier dans la langue de l'Eglise.


9 – SOSSANO. C'est l'altercation avec son père, à Trêves, que les textes romans et Pierre de Vangadice nous signalent pudiquement, qui détermina Thibaud à reprendre la route mais cette fois vers Rome et, sans doute, après contact avec les nombreux pèlerins de Jérusalem qui empruntaient les mêmes chemins, l'idée surgit en lui de tourner ses pas, pourquoi pas, vers Jérusalem. Mais à Venise il est freiné dans son projet de départ vers les Lieux saints : le malmenage de sa propre personne et surtout celle de son compagnon le contraint à parcourir l'arrière-pays lombard pour trouver un pied-à-terre et tombe sur un lieu « qui lui plaît », Sajanega de Sossano, s'y arrête, du moins pour refaire ses forces émoussées, et bascule là dans la deuxième partie de son appel à la route, la contemplation et le service sur place, appel définitif cette fois, « par disposition divine » (cf. theobaldus.org, ms d'Alençon, tr. fr. Alban, paragr. 9), mais s'en doute-t-il ?

   Sossano, aujourd'hui très belle petite ville bocagère de 4000 habitants du Vicentinois possède donc l'ermitage où se fixèrent définitivement Thibaud et Gauthier, en 1057, suivant le témoignage de Pierre de Vangadice et où devait venir vivre quelque temps plus tard Willa la mère de Thibaud (cf. récit de l'arrivée de Willa à Sayanega, Theobaldus.org, ms d'Alençon, Paragr. 18, 19 et 20, Vita), celui-ci continuant son ascension spirituelle en devenant prêtre (il transforme lui-même le pain en pain eucharistique) et conduit toute la population de la région à la sainteté comme les pèlerins de passage sur la route de l'aller ou du retour vers Jérusalem (cf. l'épisode du passage du pélerin Martin, ms 10 d'Alençon, Theobaldus.org, tr. fr. Alban, paragr. 34) . Il termine sa propre route à Sajanega en 1066, à la louange de toute la foule, comme de ses ermites, est inhumé à la cathédrale de Vicence et porté sur les autels en 1073. Etrange destin de ce jeune Franc de Provins !

   Deux édicules commémoratifs de ces événements se trouvent aujourd'hui à Sajanega et un autel particulier accompagné de reliques authentiques a été élevé à la gloire de saint Thibaud dans la belle église de Sossano, comme, en privé, au petit village proche de Campiglia dei Berici. A l'horizon de Sajanega se profilent les Collines Euganéennes du Parc Régional de la Région Padovane et celles, plus proches, des Collines Berici, terres viticoles réputées.


10 – SAINT-THIBAULT-EN-AUXOIS. Ce petit hameau bourguignon formé de quelques maisons représente parfaitement l'histoire médiévale de notre personnage, bien orchestrée d'autre part par les chanteurs, jongleurs et moines de l'époque. Fin 11e siècle suite à la fondation dans cette châtellenie dénommée Saint-Beurry d'un prieuré de moines bourguignons, des reliques de saint Thibaud arrivent brusquement quelque cent cinquante ans plus tard à cet établissement religieux on ne sait trop comment, celui-ci démarre alors en flèche vers la célébrité : le seigneur local Guy II de Thil, sire de Saint-Beury, décide de lancer un pèlerinage aux reliques, ordonne la construction d'une basilique prieurale dédiée au saint guérisseur Thibault, fournit les fonds pour le lancement du projet. Les choses vont si bien que le minuscule hameau formé autour du prieuré devient très vite : « Saint Thibault »; les pèlerins et les dons de personnes nobles affluent, le pèlerinage prend une dimension régionale (Robert II, duc de Bourgogne) et bientôt nationale (duchesse Agnès, fille de saint Louis), s'élevant jusqu'au niveau des plus courus en France. Mais les choses n'ont qu'un temps, l'abbaye mère fondatrice du prieuré Saint Rigaud d'Avaize, d'obédience érémitique (Pierre Damien), ne peut plus assurer la pérennité des bâtiments, et ceux-ci, expression de l'art bourguignon et champenois des XIIIe-XIVe siècles, tombent en déshérence et le village redevient peu à peu ce qu'il était au commencement, mais avec sa majestueuse église de pèlerinage plantée en son milieu, et le nom médiéval que lui a laissé la célébrité. Allez voir Saint-Thibault-en-Auxois et sa grande basilique dans laquelle vous pourrez admirer, entre autres, ce retable d'autel en bois sculpté polychrome, chef-d’œuvre du XIVe, représentant les principales étapes de la vie très brève du jeune guérisseur Thibault. On vous y recevra avec plaisir, car on y restaure avec beaucoup de soin cette église prieurale, désormais devenue paroissiale, transformée par la célébrité.


COMMUNES THEOBALDIENNES DE FRANCE ET D'EUROPE

   Huit communes de France portent comme nom patronymique celui du saint de Provins hérité de l'ancien nom de la paroisse, lesquelles, pour une raison ou pour une autre, ont reçu et développé le culte de celui-ci chez elles jusqu'à en faire un élément populaire de leur quotidien et en sont arrivées jusqu'à s'identifier avec lui par le nom géographique. Le marcheur de Compostelle n'a pas passé par ces sites. Ils sont l'effet de l'action de l'Eglise ou de la puissance temporelle pour diffuser la foi, le saint (avec ses reliques) accrochant autant (et même plus) que le Christ eucharistique, du moins dans les milieux populaires. Ces huit communes sont, dans leurs orthographes respectives :


SAINT-THIBAUT (AISNE)

SAINT-THIBAULT (AUBE)

SAINT-THIBAULT-EN-AUXOIS (CÔTE D'OR)

SAINT-THIEBAUD (JURA)

SAINT-THIEBAULT (HAUTE-MARNE)

SAINT- THIBAULT (OISE)

SAINT-THIBAUD- DE- COUZ (SAVOIE)

SAINT-THIBAULT-DES-VIGNES (SEINE-ET-MARNE)


   D'autres sites, tels BLOIS, BONNEVAL-SUR-LOIR, BOURGUEIL, BRAY-SUR-SEINE, BREMUR-ET-VAUROIS, CHATEAU-PORCIEN, CHATEAU-THIERRY, CHEVRU, ISLE-AUMONT, JOIGNY, LAGNY, MEAUX, METZ, MOLESME, MONTIER-LA-CELLE, POLIGNY, PROVINS, ROSELLE, SAINT-EVROULT-EN-OUCHE, SAINT-FLORENTIN (Yonne), SAINT-REMI-DE-REIMS, SAINT-THIBAULT-SUR-LOIRE, SENS, SAINTE-COLOMBE DE SENS, VAUCOULEURS (France) ; CHINY, HUY, LIEGE, SAINT-HUBERT, (Belgique) ; MERSCH, menhir de l'Eenelter (Luxembourg) ; OVERLOON (Pays-Bas)) ; BOSCO DI RUBANO, CAMPIGLIA DEI BERICI, CARCERI, LUMIGNANO, ROMA, SAJANEGA, VICENZA (Italie) ; SAINT MAURICE-EN-VALAIS (Suisse) ; TREVES (Allemagne) SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE (Espagne) qui, s'ajoutant à ceux déjà nommés plus haut, sont hautement théobaldiens à titres divers (nous en reparlerons), et d'autres... car nos recherches n'en sont encore qu'aux balbutiements. Et si nous ajoutons sources, édicules et lieux-dits qui se réclament du même personnage nous arrivons alors à un nombre incalculable de sites et il sera nécessaire de créer un fil d'Ariane que nous pourrions appeler « la Route Européenne Saint-Thibaud », à l'instar de Martin et Romuald, pour nous retrouver dans ce dédale.


LES RELIQUES

   On peut considérer de façon certaine qu'elles sont authentiques en raison de vérifications sérieuses opérées dans les lieux suivants : BADIA POLESINE, où se trouve la plus grande partie du corps du saint (20 éléments importants du squelette, dont le crâne) ; SOSSANO : deux reliques importantes du bras gauche (radius et cubitus) provenant de Badia Polesine, offertes en 1950. ; ROVIGO : une côte offerte à l'évêque Mgr Mazzocco, en 1950, par Badia Polesine ; CAMPIGLIA DEI BERICI : petit fragment d'os vénéré depuis 1793, dans un oratoire privé, offert par l'évêque de Vicence, Mgr Zaguri ; SAINT-THIBAULT-DES-VIGNES : deux reliques importantes du bras droit (humérus et radius) et un fragment de l'haire (cilice) du saint ramenés d'Italie en 1075 par Arnoul ; BERMONT, CHEVRU, SAINT THIBAULT (PICARDIE) : petits fragments d'os offert par l'évêque de Meaux Mgr de Monléon en 2000 (en 1854, par Mgr Allou pour Chevru), provenant de Saint-Thibault-des-Vignes, et par l'évêque de Sens Mgr Mellon de Joly pour Chevru (1853) et Saint Thibault de Picardie (1866 ). Des reliques avaient été déposées à Sens par Arnoul en 1075 (deux côtes, une omoplate, deux vertèbres et quatre dents) : aucune localisation précise n'a pu en être faite car ces reliques, déjà éparpillées à l'époque comtale, ont été dispersées ou détruites, ici et là, par les Guerres de Religion et la Révolution : la seule information recueillie à ce jour, émane du conservateur du musée de la cathédrale de Sens. Ce dernier nous a certifié, après enquête, qu'une petite relique de saint Thibaud s'y trouvait répertoriée, dans une châsse, en compagnie de reliques d'autres saints ! Il semblerait cependant que les deux côtes et peut-être les fragments d'omoplate, qui sont la propriété de l'église prieurale de SAINT-THIBAULT-EN-AUXOIS, soient authentiques et qu'une expertise scientifique soit souhaitable pour confirmer ou infirmer cette hypothèse, comme d'ailleurs pour les sites de SAINT THIBAULT EN AUBE, GORZE, MARCOURT, MERSCH et la plupart des autres sites théobaldiens découverts jusqu'à présent par la recherche où il est question de reliques, tout en respectant et honorant la vénération traditionnelle locale.


   Il y a également les fausses reliques qu'il est difficile de contester sans preuves historiques solides : la référence certaine est la description détaillée des reliques ramenées et déposées en France par Arnoul. On peut aussi imaginer raisonnablement qu'un trafic de reliques ait pu se développer à Badia Polesine, et même de façon importante (cf. Inventaire des reliques de Badia et étude des os du squelette, 22 juillet 1972, Atti e memorie del Sodalizio Vangadiciense, vol. 1, 1972-1973, pp. 101-118) après la prise de reliques spectaculaire d'Arnoul en 1075. Seule une démarche scientifique nous fera avancer sur la question.


LES INSCRIPTIONS - L'ICONOGRAPHIE

   A VICENCE, une inscription se trouve dans la 4e chapelle de la cathédrale (à droite, en entrant par la porte principale) sous une peinture à l'huile de saint Thibaud, représenté en habit liturgique. Elle commémore le saint qui fut prêtre du diocèse de Vicence, ordonné dans cette cathédrale même, mais aussi qu'il fut inhumé dans cette cathédrale à sa mort et qu'il y resta jusqu'à sa canonisation, avant qu'il soit « élevé » par les ermites et transféré à l'abbaye de la Vangadice dont il était moine détaché. Voici la traduction de l'inscription :

« Saint Thibaud des Gaules, illustre par sa naissance, enflammé par l'amour de Dieu, partit de Gaule en haillons et fit plusieurs pèlerinages en Italie; le Roi du ciel lui fournit le pain pour lui et pour ses compagnons; les anges le suivaient : prêtre de cette église, il guérit par le Saint Sacrifice de la messe un de ses compagnons : les saints Ermagore et Fortuné le visitèrent dans sa cellule ; il annonça le futur ; il mourut en odeur de sainteté ; il guérit les boiteux ; il rendit la vue à plusieurs aveugles, guérit un paralytique et d'autres malades.

   « Sache, ô lecteur, que personne auprès de Dieu n'est vainqueur, s'il ne triomphe de lui-même et que personne ne mérite les lauriers s'il s'épargne. »


   A l'origine, le saint était représenté, non en habit liturgique, mais en pèlerin avec son bâton et un pain dans l'autre main, la couronne comtale à ses pieds, avec l'inscription ci-dessus mais on enleva ce tableau en 1849 pour le restaurer (maladroitement) et on le remplaça par le saint Thibaud en habit liturgique que l'on y voit aujourd'hui, tout en y conservant l'inscription latine primitive. Le tableau originel du pèlerin, « restauré », se trouve présentement à Badia Polesine, confié par le Musée Episcopal de Vicenza auquel il appartient. Une inscription brève l'accompagne : « Saint Thibaud, des Comtes de Champagne, au XIe siècle, après beaucoup de pèlerinages, se fixa dans l'ermitage de Sajanega, au diocèse de Vicence, revêtit l'habit monacal et les insignes sacerdotaux, et décéda précocement. Sa dépouille d'abord ensevelie dans cette chapelle fut ensuite portée au monastère de Sainte Marie de la Vangadice de l'Ordre des Camaldules. »

(lettre de la Curie Episcopale de Vicence, 22 avril 1876)


NOTES

1 – SUR L' ÂGE de SAINT THIBAUD

   Pierre de Vangadice nous donne des informations minutieusement établies, sur SA MORT en 1066, LES DOUZE ANS qu'il a passés hors de Provins A PARTIR de PAQUES 1054, ses origines à partir de son ancêtre EUDES LE CHAMPENOIS, les Princes GERMAINS et FRANCS qui ont régné pendant sa vie, que l'on découvre très brève, et l'information précise qu'il partit de Provins tout de suite A SA MAJORITE sous le prétexte d'un prétendu adoubement qui l'attendait à Reims. Certains placèrent cette « majorité » à 21 ans et en déduisirent alors, par soustraction, la date de sa naissance : 1033, ce qui nous amène à 33 ans la fin de sa vie (bien sûr, l'âge du Christ à sa mort !) opinion strictement hagiographique, laquelle flattait la notion de sainteté à l'époque. La réalité historique réfléchit sur d'autres bases.

   En effet, Pierre de Vangadice et la tradition retranscrite dans les manuscrits nous affirment que Thibaud était encore adolescent lorsqu'il arriva dans l'Empire Teuton (Ardennes belges et luxembourgeoises) et qu'il lui fut très pénible, à cause de sa jeunesse, d'effectuer les travaux difficiles qui lui étaient demandés. Son ami Gauthier, adulte (soldat chevronné, selon Pierre de Vangadice et les textes populaires) et expérimenté, intervenait auprès des employeurs pour demander un peu plus de compréhension et de clémence envers l'adolescent qui n'en pouvait plus, malgré une corpulence hors du commun comme le prouvent les examens scientifiques exécutés récemment sur son ossature, à Badia Polesine. Ceci nous amène plutôt à évaluer l'âge de Thibaud, lorsqu'il fut à Chiny-Suxy, Pettingen et Trèves, à 15-16-17 ans, peut-être moins. C'est ce que pensent finement des historiens modernes comme Michel Bur, éminent spécialiste du XIe siècle, qui placent la majorité de Thibaud vers cet âge, donc plus jeune que l'annonce une hagiographie plutôt conformiste et non avertie. Cette hypothèse est fondée surtout sur le fait que la majorité des jeunes nobles de l'époque était fort précoce. Par exemple, le jeune roi de France Philippe, contemporain de Thibaud, très jeune à la mort de son père, dut attendre la « majorité » pour régner, c'est-à-dire ses 14 ans ! Il en est de même pour le jeune empereur d'Allemagne, lui aussi contemporain de Thibaud, Henri IV, adoubé et accédant à la « majorité » en 1065, à l'âge de 14 ans et demi ! Ces considérations, peu hagiographiques celles-là, nous feraient naître Thibaud vers 1039 et nous le rajeunissent singulièrement à travers ses pérégrinations pour un départ sur les routes à 14 ans et demi - 15 ans, censés être sa « majorité » (puisqu'il va se faire adouber), pour une vie brève de quelques 27 ans ! N'oublions pas qu'il était doté d'une corpulence exceptionnelle comme il a été dit plus haut, et que son père était pressé de le voir accéder « aux affaires ». L' historien, parallèlement, aboutit aux mêmes conclusions par l'étude comparative des Princes régnants cités par Pierre de Vangadice, à la naissance et à la mort du saint, à condition de bien replacer ces personnages dans le contexte de repérage utilisé à l' époque.

   Certaines représentations de saint Thibaud, comme son entretien avec l'ermite Burcard, sur le retable de Saint-Thibault-en-Auxois ou, à Joigny, cette sculpture en fringant damoiseau (sculpture de Juan de Juni, sur le frontispice de l'église Saint Thibault), caracolant sur son cheval, nous confirment la perspective d'un très jeune Thibaud se lançant dans l'aventure. Mais, au fait, Thibaud ne nous est-il pas presque toujours présenté en damoiseau, en France, dans les sculptures cavalières ou les textes populaires du Moyen Age ?


2 – Sur l' ORTHOGRAPHE de son NOM

   Nous avons choisi l'orthographe '' Thibaud '' avec la terminaison AUD en corrélation avec l'inscription latine THEOBALDUS des documents officiels des XIe-XIIe siècles et des premiers découvreurs modernes de la Vie de saint Thibaud écrite par Pierre de Vangadice, les disciples de Surius le chartreux (1581). En fait, de nombreuses autres orthographes, correspondant au parler populaire, nous ont été transmises par les textes vernaculaires des XIIIe-XIVe-XVe siècles qui, pour la plupart, ont été rédigés pour être déclamés ou chantés pour la population ou dans les célébrations liturgiques. Nous trouvons TETBALD, TEOBALD, TIBAUT, TIBAUZ, TIEBAUT, TIEBAUZ, TEIBAUT, TEIBAUZ, TEITBALD, TEITBAUZ, THIBAUT, THIBAUZ, THIBAUD, THIBAULT, THIEBAUT, THIEBAUD, THIEBAUZ, THIEBAULT, et même TIBO ! ... (très moderne !). Soyez donc très libre sur l'écriture du nom de ce jeune damoiseau du Christ aux allures loqueteuses mais au corps et au cœur de feu !

   De même, pour les noms géographiques relatifs à la vie de saint Thibaud, nous préférons les écrire dans leur orthographe actuelle, telles par exemple Sajanega pour Salanica (ermitage italien de Thibaud), Pettingen pour Pitingo (ermitage du Luxembourg), la prononciation et l'écriture du mot ayant évolué avec le temps.


Maurice Coudert

PS

– cf. page Internet « Thibaut de Provins » sur Wikipédia. Merci à Christophe Finot pour sa participation active à l'illustration de cette page comme pour sa création de la page « église Saint Thibault de Joigny » sur Wikipédia, également.