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Cat├ęgorie : Vies romanes

d'après le légendier BnF nouv.acq. fr. 23686 (ancien Saint Petersbourg Bibl imp. 35), folios CLXV v°-CLVII v°.

Edition, notes, traduction Marie-Geneviève Grossel, Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis.

 

Le texte de la Vie en prose est ici donné dans une version probablement champenoise du milieu du XIIIe -s. Le ms. BnF nouv.acq. fr. 23686 est un volume de grande qualité, mais lacunaire par suite de mutilations diverses. Il lui manque d'autre part l'équivalent de tout un cahier (huit feuillets).

Le copiste écrit d'une écriture élégante et très régulière, de petit module. Le manuscrit est paré de fort belles enluminures. Dans le récit des miracles, la capitale initiale qui ouvre chacun des petits récits est de taille supérieure au reste et alternativement de couleur bleue ou rouge.

Ce manuscrit est désormais numérisé et consultable sur le site Gallica. Son texte a été choisi ici pour toutes ses raisons, même si le copiste a souvent (mais surtout dans d'autres endroits du ms.) tendance à abréger. La copie ne présente pas de fautes grossières contre le sens.

La vie de saint Thibaut est complète et commence au folio CLXV colonne b (foliotation primitive).

incipit              La vie saint Tiebaut

Miniature (image composée d'un carré divisé en quatre parties, cf Gallica : légendier BnF nouv.acq. fr. 23686 (ancien Saint Petersbourg Bibl imp. 35))

*premier carré : saint Thibaut en jouvenceau noble et son compagnon vêtu d'un longue tunique échangent leur vêtement avec des vilains aux pieds nus ;

*deuxième carré : Thibaut et son compagnon portent sur leur nuques de lourds fardeaux entre une forêt symbolisée par un arbre à gauche et à droite, une cité dont on discerne une grosse tour derrière l'enceinte. C'est l'illustration du passage « Ils portoient pierres a leur col ».

* troisième carré : Thibaut, habillé en ermite et muni de la tonsure monastique, reçoit en son ermitage sa mère qui s'agenouille et lui tend les bras ; derrière la mère, quatre nobles âgés dont probablement le père du saint, au visage orné d'une barbe. Sur la droite, l'ermitage, au seuil duquel le saint se tient, est caractérisé par un autel couvert d'un tissu blanc et une croix suspendue. C'est l'illustration du passsage où les parents de Thibaut et une « grande compagnie de nobles gens » viennent le visiter en Italie avant que la mère du saint ne décide de rester là.

*quatrième carré : la mort du saint. Un moine l'admoneste, l'index de la main droite tendu ; le saint allongé sur son lit semble encore vivant ; derrière le prêtre, une femme, la tête voilée, est sans doute la mère de Thibaut, un acolyte plus petit semble un noble ; un quatrième personnage derrière le moine debout ne montre que sa tête bouclée (autre noble ?).

Les couleurs sont lumineuses : sur fond brun les habits sont bleus, ocre ou d'un rose passé, ni les visages blancs, ni les cheveux ne sont colorés. Les traits des figures sont fins et les habits dessinés avec un certain réalisme.

Sous le troisième carré : Initiale ornée (Un S majuscule rose-beige) à l'intérieur duquel s'avancent bourdon en main Thibaut et son compagnon Gautier. Le paysage est réduit à deux gros arbres et au chemin inégal ; les habits des pérégrins sont pauvres, Gautier est encapuchonné, Thibaut se signale par un petit dessin difficile à définir au-dessus de sa tête.
Gallica : légendier BnF nouv.acq. fr. 23686 (ancien Saint Petersbourg Bibl imp. 35)  

 

Sainz Tiebauz fu nez en l'evesché de Troies ; ses peres ot non Ernous et sa mere, Gile et furent françois et furent molt noble gent et de grant lynaige. il fu norriz a Provins. Sainz Tiebauz li evesques de Vienne1 fu oncles s'aiole. Et por lui fu il apelez Tiebaut. Cil sainz Tiebauz de Vienne parloit souvent a la mere dame Gile qui mere fu cestui Thiebaut et aucune foiz li dit :

« Aies joie et leesce en ton cuer car tu auras une fille qui aura .i. fil qui sera de molt grant merite devant Dieu et de grant los entre les homes. »

De ceste anonciation que li sainz evesques fist de saint Tiebaut porta en tesmoignage (f° CLXV v°col a) une povre preudefame veve qui vint a dame Gile qui ja estoit ençainte de sTiebaut et li dit :

«  Conforte toi et soies liee car tu portes en ton ventre .i. fil qui son lieu aura devant Dieu et qui grant honnor fera a toz ses parenz. »2

Li chastiaus de Provins ou sainz Tiebauz fu norriz, si com nos avons ci devant dit, est un lieus ou il a molt de gent et fu ça en arriere au bon conte Huedon3 qui sires fu de Champaigne de cui paraiges sainz Tiebauz fu nez.

Quant il ot passé l'aaige de s'enfance, il ne s'acorda pas a la volenté dou monde, ainz escota diligemment et reçuit les coumandemenz Jhesu Crist et pansoit mout souvent en son cuer a la solitaire vie des ermites4 et des autres qui apres aus furent ; il desirroit vestir aspres robes5 et user de petites viandes en .i. solitaire lieu.

Saint Thibaut naquit en l'évêché de Troyes.; son père avait pour nom Ernout et sa mère Ghila, ils étaient français, d'une famille très noble et de haut parage. L'enfant fut élevé à Provins. Saint Thibaut, évêque de Vienne, était l'oncle de son aïeule ; et c'est pour lui que le saint reçut le nom de Thibaut. Ce saint Thibaut de Vienne parlait souvent à la mère de Dame Ghila qui fut la mère de saint Thibaut [de Provins] et une fois il lui déclara :

« Aie joie et liesse en ton cœur, car tu enfanteras une fille et celle-ci aura un fils qui sera de très haut mérite et fort loué parmi les hommes. »

De cette annonce que le saint évêque avait faite de saint Thibaut, un autre témoignage fut porté par une pauvre et valeureuse veuve qui vint voir dame Ghila, alors qu'elle était déjà enceinte de saint Thibaut et elle lui déclara :

«  Réconforte-toi et soies dans la liesse, car tu portes dans ton ventre un fils qui aura sa place devant Dieu et qui apportera un grand honneur à toute sa parenté. »

La cité forte de Provins où fut élevé saint Thibaut, comme nous venons de le dire, est un lieu fort peuplé, elle fut jadis le domaine du brave comte Eudes, qui était le seigneur de la Champagne, et saint Thibaut appartenait à sa lignée.

Quant il eut quitté l'age de l'enfance, il ne s'attacha pas à suivre les volontés du monde, mais il écoutait avec zèle les commandements de Jésus Christ et il les reçut pour siens. Souvent en son cœur il songeait à la vie solitaire que menèrent les ermites et ceux qui leur succédèrent. Il désirait s'habiller de rudes tuniques et vivre de pauvre nourriture dans la solitude.

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1 Il aurait vécu entre 927 et 1001, il devint évêque de Vienne en 957.

2 L'annonce à une future mère de la sainteté de son enfant est un lieu commun de l'hagiographie que l'on retrouve notamment pour Aleth, mère de saint Bernard.

3 Il s'agit d'Eudes II de Blois dit le Champenois (983-1037), comte de Blois et de Champagne ; selon que saint Thibaut est né en 1017 ou 1033 ou 1039 (les trois dates hypothétiques proposées) il est son contemporain ou celui de son fils Thibaut I de Champagne (1019-1089) ; la mort de saint Thibaut est fixée en 1066.

4 Sans autre précision, ces ermites sont ceux des temps premiers, en Thébaïde, dont le modèle est sous-jacent au choix du saint. La Vita latine les nomme d'ailleurs (Paul, premier ermite et Antoine) ; le ms.. BnF nouv.acq. fr. 23686 a omis ce passage.

5 L'aspre robe remonte elle aussi à la tunique en poils de chameau ou de chèvre (ou melote) de l'anachorète : « de pilis camelorum induebatur tunica utebatur » (Dictionnaire latin de Du Cange).

Un jor avint entre ces panses qu'il se departi celeement de ses genz et ala e .i. hermite qui estoit en une ille de Sainne et li descouvri tout son cuer. Apres ce, par le consoil de cel hermite, il et uns chevaliers, qui ses compainz estoit qui Gautiers estoit apelez, monterent sor lor chevaux et dui escuier et alerent a la cité de Rains. En tel menniere sainz Tiebauz qui estoit chevaliers Nostre Seignor laissa por S'amor touz ses palais et son pere et sa mere et ses freres et ses parenz et sa maisnie et toutes ses richesces et tot le bobant dou monde et s'en ala en tel menniere avoc son compaignon.

Quant il vindrent a Rains, et il furent hebergié dallez saint Remi, il quistrent achoison de viseter l'eglyse et laisserent lor escuiers et lor chevaus et issirent tout a pié de lor ostel et proposerent qu'il iroient a pié faire lor peneance. Endementiers qu'il s'en aloient il encontrerent .i. pelerins et lor donnerent lor riches robes et se vestirent de lor povres ; et puis s'en departirent tuit nu pié et alerent de jor en jor tant qu'il vindrent en Alemaigne.

La demourerent il molt lonc tens et soffrirent de lor propre volenté granz povretez por l'amor de Jhesu Crist et soffrirent (col. b) granz travaus por lor vies. Il portoient pierres a lor cous, il fauchoient les prez, il curoient les estables. A la parfin il firent charbon1 et en tel menniere gaaignoit povrement lor vies et gardoient ce qu'il pooient gaaignier por aler em pelerinaige a saint Jaques en Galice

Un jour, il lui arriva au milieu de telles pensées de quitter secrètement ses familiers, il se rendit auprès d'un ermite qui habitait dans une île de la Seine et il lui découvrit tout son cœur. Ensuite, sur le conseil de cet ermite, avec l'un de ses chevaliers qui se nommait Gautier, il monta à cheval, emmenant deux écuyers, et ils se rendirent dans la ville de Reims. C'est de cette façon que saint Thibaut, qui était chevalier de Notre Seigneur, quitta pour Son amour tous ses palais, son père et sa mère, ses frères et toute sa famille ainsi que sa maisonnée et toutes ses richesses avec toute la vanité de ce monde et ainsi il s'en alla avec son compagnon.

Quand ils arrivèrent à Reims, ils prirent logis près de Saint-Remi, ils avancèrent comme raison qu'il allaient visiter l'église et laissèrent là écuyers et chevaux ; ils sortirent à pied de leur hôtel et décidèrent qu'ils partiraient à pied pour accomplir leur pénitence. Pendant qu'ils s'en allaient, ils rencontrèrent deux pèlerins, ils leur donnèrent leurs riches vêtements et revêtirent en retour leurs pauvres robes, puis ils s'en allèrent les pieds nus, et jour après jour marchèrent tant qu'ils parvinrent en Allemagne.

Ils y demeurèrent pendant longtemps et ils souffrirent de leur plein gré une forte pauvreté pour l'amour de Jésus Christ, ils endurèrent de grands tourments pour assurer leur subsistance, ils transportaient des pierres sur leur nuques, ils fauchaient les prés, ils nettoyaient les écuries. Pour finir, ils devinrent charbonniers et c'est de cette façon qu'ils gagnaient pauvrement leur vie. Ils conservaient ce qu'ils pouvaient obtenir afin de se rendre en pélerinage à Saint Jacques de Galice.

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1 Les charbonniers sont parmi les plus pauvres des campagnards, vivant isolés en forêt, ils sont en outre assez mal considérés. Le chevalier qui se fait charbonnier est à la fois un motif hagiographique et un motif épique, comme le montre la légende de saint Simon de Crépy [circa 1048-1082] : « Dedens une forest en essil s'en foï/ La devint charboniers, itel ordre choisi » ou les héros de la geste : Girart de Roussillon devient charbonnier, tandis que le chevalier qui transporte des pierres sur sa nuque évoque Renaut de Montauban, devenu pour expier lui aussi, portefaix (Renaut est l'un des quatre Fils Aymon) : «  Dont prist Renaut le pierre, a son col le saisi... Une autre geta sus, a son col l'a ruee…Li autre porteur sont arriere refusé ». On notera que Girart comme Renaut accomplissent leurs vils travaux en Allemagne.

Un pou de tens apres il firent lor pelerinaige tuit deschauz.1 Quant il revenoient, li deaubles s'aparut a aus en semblance d'ome et ala coste a coste de saint Tiebaut et se laissa cheoir devant lui touz estenduz et en tel menniere li sainz cheï parmi lui et reclama le nom Jhesu Crist et se garni dou signe de la croiz et maintenant li deaubles s'esvanui.

Apres cez choses sainz Tiebauz revint a Trieves en Alemaigne et trouva son pere, ja soit ce que bel ne li fust pas de cele troeve. .I. pou apres sainz Tiebauz se departi de la et ala a Roume. Et por ce qu'il avoit desirrier de veoir le sepucre Nostre Seignor, il s'en ala en Venice et puis en Lombardie et trova la entor .i. lieu c'om apeloit Salins2. Il regarda le lieu et trova par la volonté de Dieu une grant place3 et en cele place les murs ausi com d'une viez eglyse et la demoura apres ce qu'il ot son cors travaillié en maint pelerinaige4 et fist tant envers les seigneurs dou lieu que on li donna la place. Et lors fist une petite mesonnete et la habita et mena sainte vie par lonc tens.

Premierement il fist abstinence de char, apres il ne manja ne ne but fors que pain d'orge et aigue. A la parfin il ne manja ne but fors que fruit et herbes et racines5. En tel menniere il vesqui lonc tens et tout ades vesti la haire empres sa char.6  

Peu après ils firent leur pèlerinage, sans chausses. Alors qu'ils revenaient, le diable leur apparut sous la forme d'un homme, il marcha à côté de saint Thibaut, puis se laissa tomber devant ses pieds de tout son long, si bien que le saint lui tomba dessus, Thibaut invoqua sur lui le nom de Jésus Christ et se protégea du signe de la croix : sur le champ le diable disparut.

Après ces événements, Thibaut retourna en Allemagne, à Trêves où il trouva son père et ces retrouvailles ne lui firent pas plaisir. Peu de temps après, il quitta cet endroit et se rendit à Rome. Comme il désirait voir le tombeau de Notre Seigneur, il se dirigea vers Venise, puis vers la Lombardie et trouva dans ces environs un endroit qui s'appelait Salins. Il examina le lieu et il y découvrit, par la volonté de Dieu, un large espace où se dressaient des murs comme d'une vieille église. Il y fit sa demeure, lui qui avait fatigué son corps en de nombreux pélerinages. Il se conduisit si bien envers les seigneurs de l'endroit qu'ils lui firent cadeau du lieu. Alors il se construisit une petit masure, il y habita, menant durant un long temps une vie de sainteté.

Tout d'abord, il fit abstinence de viande, puis il ne mangea et ne but que du pain d'orge et de l'eau ; à la fin de sa vie, il ne mangeait et ne but7 plus que des fruits, des herbes et des racines. Il vécut longuement de cette façon et continuellement il portait une haire8 à même la peau.

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1 C'est-à-dire les jambes nues.

2 « lieu auquel l'Antiquité avait donné le nom de Salanica » selon la Vita Latina ou encore Salanigo, aujourd'hui Sayanega, dans la commune de Sossano. Les « traductions » des noms propres par les copistes romans sont toujours pittoresques, de Salesbiere (Salisbury), à Lionel (Lonigo), ou ici Salins.

3 Le latin saltus évoquait plutôt un espace boisé (voir Guillaume d'Oyé).

4 Le latin aide à comprendre la chronologie de la phrase romane : les pélerinages sont désormais derrière lui, il semble que Thibaut n'ait plus bougé, la volonté de Dieu lui ayant assigné son ermitage. L'ermite devait avant tout « rester dans sa celle »

5 Le Moyen Age divise les légumes en ceux qui poussent au-dessus de la terre (herbes) et ceux qui poussent dessous (racines).

6 Pierre de Vengadice trace l'ordinaire de la vie angélique de l'anachorète en hagiographe avisé qui suit les modèles autorisés. Si le pain est d'orge, c'est qu'une tradition faisait de cette céréale, peu noble, la matière des pains de la Multiplication christique ; Augustin a longuement glosé cette orge (c'est la question LXI de son traité LXXXIII questions). Le pain d'orge était traditionnellement celui des Pères d'Egypte. La haire est le symbole de l'ascèse.

7 L'absence d'objet (aigue) au verbe boire s'explique sans doute parce que le copiste, ayant par erreur recopié une seconde fois « pain d'orge et aigue », les a ensuite raturés tous les deux.

8 Lla haire est une chemise faite de poils rudes (généralement de chèvre), que l'on porte sur la peau ; il s'agit d'une variation pour l'aspre robe citée plus haut. Les textes hagiographiques romans (sauf erreur) ignorent le mot cilice qui est plutôt une ceinture qu'une tunique et qui peut être en outre armée de pointes.

Quant Nostre Sires vit qu'il montoit si de vertu en vertu, il volt qu'il montast jusqu'a la dignité de provoire et il si fist com Diex l'avoit porveu. Apres ce il fist molt de diverses peneances en les quiex il ne dormi pas en gisant mes en seant. Et ceste chose faisoit il si soutilment qu'il se couchoit en son lit devant cez qui le servoient et se couvroit bien. Et quant il estoient [f° CLVI col a] couchié, il se levoit isnellement et se metoit en oroisons a genox et a mains jointes por lui et por toute s'églyse Et quant il venoit a l'eure de matines, il s'en aloit couchier en son lit por ce qu'il ne voloit pas que sa maisnie s'en aperceust.

Ses liz estoit une granz huche large en samblance d'une grant couche et estoit couverz de dras de lin ; et a son chevez avoit .i. trons et .i. chapel de lainne qu'il avoit porté en ses voiaiges por la chalor. Quant il ot ensi travoillé son cors longuement sor cele huche, por ce qu'il feist plus de peneance, il mist une haire desoz ses dras de lin. Et en lieu de qu'il soloit gesir sor celle huche, il jut des lors en avant en .i. tronc chevé. Quant il ot .ii. anz faite ceste peneance, ses compainz Gautiers randi son esperit a Nostre Seigneur, si com nos creons.

Sainz Tiebauz, apres la mort son compaignon, soffri plusors temptacions de l'Ennemi. Car entre les autres temptations, li deaubles le noma par son non et li dit une nuit qu'il se levast por dire matines. Quant li sainz s'oï nomer, il cuida c'uns suens amis l'apelast qui pres de lui demouroit. Et si ala a sa celle et trouva qu'il se dormoit et son huis bien fermé. Li sainz cognut bien l'escharnissement dou deable. Si reclama la sainte Trinité et fist sor soi le signe de la croiz et chaça l'Ennemi qui si grant noise demena devant lui en fuiant com se ce fussent charpentier qui bois coupassent.

 

Quant Notre Seigneur le vit gravir ainsi l'échelle des vertus l'une après l'autre, Il voulut qu'il accédât à la dignité de prêtre et Thibaut fit comme Dieu l'avait décidé. Après quoi, il s'infligea diverses pénitences, parmi lesquelles le fait qu'il ne dormait pas allongé, mais assis. Et il accomplissait cette mortification de façon si habile qu'il allait se coucher en son lit devant ses serviteurs et il se couvrait soigneusement. Mais dès que tous étaient couchés, il se relevait prestement et se mettait à prier à genoux et les mains jointes, il priait pour lui et pour tout son église. Quand arrivait l'heure des mâtines, il s'en allait se coucher dans son lit, car il ne voulait pas que sa maisonnée s'aperçût de son manège.

Son lit consistait en un grand et large coffre, semblable à une grande couche, il était couvert d'un tissu de lin, pour chevet, il avait une souche/bûche et une coiffe de laine qu'il avait portée pendant ses voyages contre l'ardeur [du soleil]. Quand il eut ainsi soumis son corps au tourment pendant une longue période, afin de faire davantage pénitence, il dormit désormais dans un tronc qui avait été évidé. Il pratiquait cette pénitence depuis deux ans quand Gautier son compagnon rendit son âme à Dieu, comme nous le croyons.

Après la mort de son compagnon, saint Thibaut souffrit plusieurs tentations1 venues de l'Ennemi : entre autres, le diable l'appela par son nom et lui ordonna, une nuit, de se lever pour dire les matines. Quand le saint entendit son nom, il crut qu'un de ses amis qui demeurait à côté de lui l'appelait. Il se rendit donc à la cellule de cet ami et le trouva endormi, sa porte bien close. Le saint comprit alors que le diable s'était moqué de lui, il invoqua la Sainte Trinité et traça sur lui le signe de la croix ; ainsi il chassa l'Ennemi qui, en s'enfuyant, fit un grand fracas comme si des charpentiers étaient là à couper du bois2.

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1 Les tentations sont un passage presque obligé de la vie anachorétique depuis le récit prototype de la Vie d'Antoine par Athanase d'Alexandrie. Le modèle était lié au désert et à la tesntation du Christ.

2 Autre topos hagiographique, le diable est accompagné par le bruit fort et discordant ; quand il s'évanouit avec une odeur plus ou moins nauséabonde, il lâche un brait (hurlement). Les compagnons du saint ne voient pas le démon mais l'entendent.

Un autre tens avint que, com sainz Tiebauz aloit preechant et il fu montez sor une charrete por passer une aigue et por ce qu'il estoit grevez d'aler a pié, li deaubles osta une des roes de la cherrete por ce qu'il le voloit faire cheoir en l'aigue, mes il ne pot car la cherrete ala aussi legierement outre com se ce fust une plume.

Apres ce que sainz Tiebauz ot soufertes maintes temptations, Nostre Sires le viseta aucune foiz par ses enges, aucunes foiz en samblance de coulon, aucune foiz en samblance d'ome et plusors (col. b) foiz en molt d'autres samblances. Un jor avint quant il plouroit ses pechiez, une voiz descendi dou ciel qui li dit :

« Thiebaut, ne pleure pas car ti pechié te sont pardonné. »

Apres avint c'uns suens serjanz estoit tormentez d'une trop forte fievre et fis si qu'il sambloit qu'il deust morir. Li malades proia saint Tiebaut qu'il priast por lui et maintenant li malades qui a grant painne avoit souffert qu'en l'aportast a l'églyse, s'en rala touz sainz a son ostel.

Quant li peres et la mere saint Tiebaut oïrent noveles de lui, il vindrent a lui atout grant compaignie de gentix genz et furent molt lié quant il le trouverent. Entre les joies et les larmes et les soupirs que la mere faisoit por son fil qu'ele avoit trové et por son païs et ses autres enfanz qu'ele avoit laissié, elle vainqui la charnel amor dou monde et s'acorda a l'esperitel amor de Dieu, car ele demoura avoc saint Tiebaut son fil et eslut por ses granz palais une petite mesoncele et por ses granz compaignies .i. lieu solitaire por peneance faire et por Dieu servir avoc son fil.

Sainz Tiebauz servi sa mere1 si humblement qu'a painnes le porroit nus dire.

Une autre fois, il advint que saint Thibaut était parti prêcher et il était monté dans une charrette pour passer une rivière, car il était épuisé par sa marche à pied ; le diable enleva l'une des roues de la charrette parce qu'il voulait le faire tomber dans l'eau, mais il ne put y arriver : la charrette en effet fila aussi légèrement sur l'autre rive, que s'il s'était agi d'une plume.

Après que saint Thibaut eut enduré quantité de tentations, Notre Seigneur le visita, prenant parfois la forme d'anges, parfois celle d'une colombe, parfois celle d'un homme et plusieurs fois sous d'autres figures. Il y eut un jour où, alors qu'il pleurait ses péchés, une voix descendit du ciel et elle lui dit :

« Thibaut, ne pleure pas, car tés péchés te sont pardonnés. »

Ensuite, il arriva que l'un de ses serviteurs souffrait d'une fièvre très élevée et d'une tumeur au point qu'il semblait qu'il devait en mourir. Le malade supplia saint Thibaut de prier pour lui et immédiatement ce malade qui avait beaucoup souffert d'être porté dans l'église, retourna en pleine santé dans sa demeure.

Quand le père et la mère de saint Thibaut apprirent ces nouvelles de leur fils, ils se rendirent auprès de lui avec une grande compagnie de nobles gens et ils éprouvèrent une vive joie lorsqu'ils le trouvèrent. Sa mère était partagée entre joies, larmes et soupirs pour son fils qu'elle avait retrouvé et pour son pays avec ses autres enfants qu'elle avait laissés ; elle triompha de l'amour charnel de ce monde et donna son cœur à l'amour spirituel de Dieu, car elle demeura avec son fils saint Thibaut, elle choisit une petite maisonnette à la place de ses grands palais, et à la place de la foule de ses gens, un lieu solitaire pour y faire pénitence et servir Dieu avec son fils.

Saint Thibaut, quant à lui, servit sa mère si humblement que l'on aurait du mal à le raconter.

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1 La piété filiale de Thibaut est un trait absolument remarquable dans l'hagiographie des anachorètes. Généralement les ermites repoussent tous les liens, d'affection familiale ou autres, comme empreints de la chair et liés au monde. Voir les abbés Nuph et Poemen qui renvoient leur mère pleurant à leur porte close avec l'affirmation que si elle accepte de ne plus jamais les voir ici-bas, elle sera assurée de les retrouver au ciel. Dans la réalité médiévale, les mères de saints moines choisissaient en ce cas de se retirer dans une abbaye de moniales (par ex. Raingarde mère de Pierre le Vénérable, à Marcigny).

Devant ce que sainz Tiebauz trespassast, il dit qu'il n'avoit senti temptation grant tens avoit ; et lors par la volenté de Dieu, ses cors fu si sorpris qu'il ne pooit aler ne sa main a sa bouche porter. Et ceste chose fait Diex sovent a ses amis, car il les viaut ensi purgier par tribulation de cuer et de cors. Sainz Thiebauz ne mua onques ne ne chanja son propos por maladie qui son cors travoillast qu'il ades ne geunast. Sa maladie enforça. Il sot par la volenté de Dieu qu'il trespasseroit en brief tens et se li nonça.

Il coumença a defaillir de cors apres ce qu'il ot laissié som païs le douzieme an, il fu .iii. anz em pelerinaige et .ix. anz en son habitacle. Quant il dut trespasser il manda .i. abbé qui mout estoit ses familiers a cui il coumanda sa mere et toz ses amis [f° CLVI v° col a] esperitiex. Le tierz jor devant son trespassement, la terre crolla molt forment par .v. foiz. Tuit cil qui estoient en la celle saint Thiebaut le sentirent bien et aucun qui defors estoient. Sainz Tiebauz travilloit molt corporelment en sa maladie. Uns de ses bons amis dit a ceus qui la estoient qu'il se departissent d'illuec et aucun s'en departirent. Quant il fu commeniez il pria Nostre seigneur pluseurs foiz en tel menniere :

« Biau Sire Diex, aies pitié de ton pueple ! »

Quant il ot ce dit, il randi a Nostre Seigneur son esperit et cil qui a son trespassement furent tesmoignent c'onques li cors ne mua coulor.

Il trespassa le darraain jor de juing ou tens que Henris li filz l'empereor Henri regnoit.

Peu avant que sa mort ne survînt, saint Thibaut déclara que depuis longtemps il ne sentait plus de tentations. Alors comme Dieu le voulait, il fut atteint de douleurs, au point de ne plus pouvoir ni marcher ni porter sa main à sa bouche. C'est une épreuve que Dieu envoie souvent à ceux qu'Il aime, car Il veut ainsi les purifier par la souffrance du cœur et du corps. Saint Thibaut ne changea en rien ni son caractère ni les règles qu'il s'était données, quelque mal qui le torturât et il ne renonça jamais à ses jeûnes. Sa maladie s'aggrava et Dieu lui fit savoir qu'il allait mourir très prochainement en le lui annonçant.

Il commença à perdre ses forces physiques la douzième année qui suivit son départ de son pays, durant trois ans il avait été en pèlerinage et neuf ans il habita dans sa cellule. Lorsqu'il dut mourir, il envoya chercher un abbé qui était très proche de lui et il lui recommanda sa mère et tous ses amis spirituels. Trois jours avant sa mort, la terre trembla très fort par cinq fois. Tous ceux qui se trouvaient dans la cellule de saint Thibaut le ressentirent nettement, de même que ceux qui étaient dehors. Saint Thibaut éprouvait de violentes souffrances en son corps durant sa maladie. L'un de ses amis très cher demanda à ceux qui l'entouraient de quitter le lieu et ils le firent. Lorsqu'il eut reçu la communion, il pria Notre Seigneur à plusieurs reprises avec ces mots :

« Dieu, mon cher Seigneur, ayez pitié de Votre peuple »1.

Après avoir dit ces mots, il rendit son esprit à Dieu et tous ceux qui étaient présents à sa mort témoignent qu'il ne changea pas de couleur. Il mourut le dernier jour du mois de juin alors que règnait Henri, le fils de l'empereur Henri.

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 1 On trouve cette phrase dans le Siracide (Ecclésiastique XXXVI 14) et dans le Livre d'Esther XIII 15 « Seigneur, mon Dieu et mon Roi, Dieu d'Abraham, ayez pitié de votre peuple ».
 

Quant cil dou païs sorent que li sainz estoit trespassez, cil des viles et des citez et clerc et lai vindrent au service et entrerent par force la ou li sainz cors gisoit. Les autres genz qui estoient remeses, anciennes gens, enfant et puecles vindrent .ii. lies encontre le saint cors, jusqu'a .i. lieu qu'en dit a la cort au chemin et la se reposèrent cil qui le saint cors porterent. Le tierz jor apres fu li cors enseveliz en l'eglyse Notre Dame a cui title il avoit esté ordonnez a provoire.

Apres ce que les genz dou païs orent randu a saint Tiebaut tel sepouture1 com il durent, Diex vost moustrer par divers miracles de quel merite ses serjanz estoit. Dom il avint que .iii. fames de divers lieus qui lor veues avoient perdues les recouvrerent a la tombe saint Tiebaut.

Autre fois avint que .iii. autres personnes qui mehaignie estoient par maladie de lor mains et de lor piez si qu'il ne s'en porent aidier vindrent a la tombe saint Thiebaut et par la merite dou saint furent senné entierement.

En la terre de Venice avoit une fame qui la main avoit sechiee et contraite ; ele vint a la sepouture saint Tiebaut et fu sennee de sa maladie devant tout le pueple [col. b] qui la estoit

Entre plusors miracles que Diex faisoit por saint Tiebaut, il vost que la merite de son serjant fust seue et nonciee en la terre dom il avoit esté nez et por ce vint la .i. hom de la terre de Champaigne qui la clarté de ses ieuz avoit perdue et la recouvra par la merite dou saint.

Quand les gens du pays surent que le saint était mort, ceux des villes et des cités2, clercs comme laïcs, ils vinrent au service funèbre et ils entrèrent de force dans le lieu où le corps du saint gisait. Les autres qui étaient demeurés chez eux, les vieilles gens, les enfants, les jeunes filles se mirent en route sur deux lieues pour être au passage du corps, ils marchèrent jusqu'à l'endroit que l'on appelle « La cour du chemin »3. C'est là que s'arrêtèrent ceux qui portaient le saint corps. Trois jours plus tard, il fut enseveli dans l'église Notre Dame, sanctuaire où il avait été ordonné prêtre.

Une fois que les gens du pays eurent rendu à saint Thibaut les honneurs funèbres qu'ils lui devaient, Dieu voulut montrer par différents miracles le mérite qu'Il accordait à Son serviteur. Ainsi il arriva que trois femmes de diverse origine qui avaient perdu la vue la retrouvèrent près de la tombe de saint Thibaut.

Une autre fois, il arriva que trois autres personnes qui, par suite d'une maladie étaient estropiées des mains et des pieds au point de ne plus pouvoir les utiliser, vinrent à la tombe de saint Thibaut et grâce au mérite du saint furent complètement guéries.

Dans la terre de Venise, il y avait une femme qui avait la main desséchée et contrefaite. Elle se rendit au tombeau de saint Thibaut et fut guérie de sa maladie devant tout le peuple qui se trouvait là.

Parmi un grand nombre de miracles que Dieu accomplissait pour saint Thibaut, il voulut que le mérite de son serviteur fût connu et proclamé dans la terre où il était né. Pour cette raison vint au tombeau un homme de la seigneurie de Champagne qui avait perdu la lumière de ses yeux, il la recouvra par le mérite du saint.

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1 On devine ici l'opposition topique – ou succession – propre aux récits de vies d'ermites entre la sépulture (qui renvoie aux divers soins dus au corps du défunt) et l'enfouissement proprement dit. C'est uniquement ce dernier que recouvrait le mot latin de l'original tumulatio, tandis que sepouture est beaucoup plus large.

2 Théoriquement la langue romane oppose la cité (civitas) où se trouvent les organes politiques et religieux, qui représente souvent la partie bâtie la plus ancienne du lieu, à la ville qui a grandi autour (ou au-dessous) du noyau primitif ; ici l'auteur latin, sans doute par coquetterie de style, oppose urbs (ville) et castris (bourg fortifié, autour d'un château), plus loin civitas (cité). La traduction romane en ville et cité semble un essai pour rendre l'effet littéraire.

3 Curtis CaminiCaminus est le terme choisi pour les chemins de pélerinage. Voir aussi Pascale Hummel, la maison et le chemin petit essai de philologie théologique, 2004.

Un enfes qui avoit perdu .i. de ses braz et un de ses piez de paralisie fu amenez a la tombe de saint Tiebaut et com il ot faite s'oroison et plusor autre avoc lui, il se dreça touz sains et revint en sa meson a grant joie.

Uns autres hom de la terre de Lombardie portoit de sa propre volonté son braz lié de fer et en tel menniere faisoit peneance. Et vint em pelerinaige a la tombe saint Tiebaut et com il veilloit a l'eglyse, il tendi le bras lié de fer por relever une chandoille qui cheue estoit d'un chandelier a quoi l'en les atachoit devant le saint et maintenant, ses braz fu desliez dou fer et sailli li liens loing de lui et fist grant son.

Autre foiz avint que uns hom de la cité de Tours qui Martins avoit non et qui menches de fer portoit estroites en ses .ii. braz par peneance vint a saint Tiebaut quant il vivoit et li dit que cele peneance soffroit por ce qu'il avoit son frere ocis. Et sainz Tiebauz li dit :

« Va t'en outremer au sepucre Nostre Seignor, car tu seras deslies d'un de tes braz. »

Cil i ala et fu desliez si com li sainz li ot dit. Quant il s'en repairoit, il oï dire que sainz Tiebauz estoit trespassez, si en mena molt grant duel et vint a granz plor jusqu'a la tombe dou saint et li dit en tel menniere :

« Biau sire, tu me coumandas que je alaisse au saint sepucre Nostre Seigneur et revenisse a toi. Je sui revenuz, je ne t'ai pas trouvé. Las ! Que ferai-ge ? Sire, aies pitié de moi, conforte ton pelerin et deslie, s'il te plest. »

Que que il disoit ces paroles, l'autre menche chei de son braz [f° CLVII v° col a] et fist grant son si que mout de gent le virent et en firent grant joie.

Uns hom qui estoit malades d'ydropisie vint a la tombe saint Tiebaut por estre curez de sa maladie, car il estoit molt durement et molt laidement enflez. Et maintenant qu'il ot faite s'oroison au saint, toute l'enfleure se departi de son cors et demoura touz sains et toz haitiez.

Cest miracles et plusors autre qui ci ne sont pas touchié fist Nostre Sires por saint Tiebaut.

On amena a la tombe de saint Thibaut un enfant qui avait perdu l'usage de l'un de ses bras et de l'un de ses pieds, par suite d'une paralysie. Quand il eut fait sa prière en compagnie de beaucoup d'autres qui l'accompagnaient, il se redressa en pleine santé et retourna en sa maison dans une grande joie.

Un autre homme, issu de la terre de Lombardie, portait de sa propre volonté des liens de fer sur son bras, pour accomplir de cette façon une pénitence. Il vint en pèlerinage à la tombe de saint Thibaut, et tandis qu'il veillait dans l'église, il tendit son bras chargé de chaînes pour relever une chandelle qui était tombée du chandelier où on les attachait devant le tombeau. Sur le champ, son bras fut libéré de ses fers qui sautèrent loin devant lui avec un grand bruit.

Un autre fois il arriva un homme de la cité de Tours du nom de Martin, il portait des manches de fer étroites serrant ses deux bras en guise de pénitence ; il vint voir saint Thibaut qui était alors en vie et il lui confessa qu'il endurait cette pénitence pour avoir tué son frère. Saint Thibaut lui dit alors :`

« Pars outremer au sépulcre de Notre Seigneur et l'un de tes bras sera libéré. »

L'homme y alla et fut délivré comme le saint l'avait prédit. Alors qu'il s'en retournait, il entendit dire que saint Thibaut était mort, il en manifesta un violent chagrin et s'en vint tout en larmes jusqu'à la tombe du saint auquel il adressa ces mots :

« Cher seigneur, tu m'avais commandé d'aller au sépulcre de Notre Seigneur, puis de revenir auprès de toi. Je suis de retour et je ne t'ai pas trouvé. Hélas ! Que vais-je faire ? Seigneur, aie pitié de moi, console ton pèlerin et délivre-moi s'il te plaît ! »

Il prononçait encore ces paroles que l'autre manche de fer tomba de son bras avec un grand bruit. beaucoup de gens le virent et se réjouirent fort.

Un homme qui était malade d'hydropisie se rendit auprès de la tombe de saint Thibaut pour être guéri de sa maladie car il était très fortement enflé et de bien laide façon. Sitôt qu'il eut adressé sa prière au saint, l'enflure disparut toute de son corps et il se retrouva en pleine santé et allègre.

Ce miracle et bien d'autres que nous n'évoquons pas ici, Dieu les a accomplis pour saint Thibaut.

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[Il n'y a pas d'explicit]